Covid-19: Clinique et modélisation, la controverse des méthodes scientifiques

Le cas Raoult est intéressant. Premièrement, c’est un des pires mégalos qui existe donc il rate jamais une occasion de passer à la télé. Deuxièmement, c’est un clinicien qui déteste les modèles mathématiques (des épidémiologistes notamment) et pensent qu’ils conduisent à des raisonnements erronés.

L’argument peut se recevoir. Avec covid19, on a vu par exemple la déroute totale du conseil scientifique UK où les épidémiologistes se sont enfermé dans des prévisions mathématiques avant de faire un demi-tour en catastrophe face à la réalité de terrain des hôpitaux, sur pression des journaux médicaux notamment. Donc il y a cette tension entre la clinique d’un côté qui a la force de l’empirie et la modélisation (ici epidemio mais c’est pareil avec le climat), qui prend le risque des prédictions et peut se planter avec des conséquences parfois catastrophiques.

A noter que les gouvernements adorent les prévisions car cela leur permet de mettre en oeuvre des plans chiffrés, alors que la clinique a énormément d’inconnues, surtout avec un nouveau virus ou une transformation inédite des écosystèmes naturels.

Donc les cliniciens ont une petite dent contre les épidémiologistes, Raoult en tête. Comme Raoult est mégalo, il fanfaronne en disant que tous les modèles sont juste des trucs de matheux dans leurs labos, et qu’il n’y a pas de preuves empiriques réelles - alors que lui en a bien sûr cqfd.

C’est bien sûr un argument idiot pour le réchauffement climatique, car les preuves existent. Néanmoins, la critique est intéressante car elle vient d’un endroit pas évident des sciences qui est le passage entre la preuve empirique et les modèles théoriques - et la quantité d’extrapolation et de délires mathématiques/logiques qu’on y trouve. C’est le propre de la méthode scientifique à vrai dire.

Au-delà de Raoult, l’exemple de ce qui s’est passé dans le groupe covid19 aux Health Council des UK doit faire réfléchir aussi à la dangerosité de groupes de recherches aux certitudes trop partagées qui se renforcent l’une et l’autre, passant à côté de la montagne qu’est l’empirie c a d le monde réel. Cela dit, tout cela n’enlève rien au faut que Raoult est affreux, également un excellent clinicien et un fanfaron désagréable qui crée des polémiques dans les médias par égoïsme, sans se soucier des conséquences sur la communication scientifique de problèmes bien réels déjà difficiles à manipuler.

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