Sur la valeur de l'information

Puisque nous nous proposons d’aborder via ce blog - et à plus forte raison au travers du projet Open Newsroom - un questionnement sur la production de contenu multimédia, il me paraît essentiel de revenir sur quelques fondamentaux de l’économie de l’information. Il s’agit de tracer une typologie globale autour de deux idées : la valeur de l’information et les modes de production qui lui sont liés.

Tout d’abord, essayons de dégager quelques grands axes autour de l’idée de valeur de l’information.

L’information est avant tout une relation. Elle ne possède aucune valeur a priori mais acquiert sa valeur lors de la réception dans un sytème de connaissances particulier. Autrement dit, sa valeur dépend du récepteur et du contexte de réception et n’est nullement déterminée par sa nature. Elle est, comme le pensait Shannon, une réduction d’incertitude.
Exemple: une information en chinois a une valeur quasi nulle pour un francophone.Une valeur contextuelle avant tout. L’information acquiert donc sa valeur dans un contexte d’interprétation particulier. Si la définition de ce contexte de réception est primordiale, il est en même temps indissociable du contexte de production et de diffusion.

  • Subjectivité. L’idée de confiance attachée à une info est le premier exemple. La crédibilité de l’information définit en grande partie sa valeur. Or cette crédibilité que le récepteur accorde (ou pas) à l’info est liée aux modes de production et de diffusion de l’info, plus qu’à sa nature.

  • Usabilité. C’est la facilité plus ou moins grande pour le récepteur de décrypter et de comprendre l’info. Ici on pourrait croire qu’il s’agit de la nature-même de l’information, alors que la production autant que la réception la définissent.

  • Rareté. Le concept de rareté est un des indicateurs les plus sûrs dans le domaine de l’économie matérielle. Les objets d’art par exemple atteignent des prix faramineux du fait même de leur unicité. L’immatériel, avec la possibilité de répliquer presque à l’infini sans perte de qualité, voit l’indice de rareté tomber en désuétude. C’est à une économie de l’abondance qu’il nous faut désormais faire face. Néanmoins, cette problématique est dans une large mesure déplacée autour de la question du temps.

  • Durée. Si la publication d’un objet immatériel entraîne immédiatement la perte d’une grande partie de sa valeur du fait de la possibilité de le répliquer immédiatement, il la conserve néanmoins jusqu’au moment de sa parution. Ainsi, dans une économie de l’abondance, c’est le moment de la parution et seulement elle qui détermine la valeur (le scoop par exemple). Peut-être une certaine désuétude des supports et des objets eux-mêmes peut-elle être envisagée, apportant alors une augmentation de la valeur aprés une certaine période. Mais la généralisation actuelle de l’archivage laisse peu de chances à ce genre d’idées.

  • Nécessité. Le caractère plus ou moins indispensable d’une information pour son récepteur définit également sa valeur. C’est en partie pour cette raison notamment que les documents ressources destinés directement aux professionnels sont souvent payants (les bilans d’entreprises par exemple).

Arrêtons-nous pour l’instant à ces quelques critères, grossièrement définis, pour nous pencher désormais vers la question des modes de productions.

Voir à ce sujet le texte
Immatériels, nouveaux Concepts de L.Dibiaggio paru aux Ed. Economica, Paris 2001

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